Monday, 18 September 2017

Mon chemin de foi : du pays igbo du Nigeria au territoire innu de la Côte-Nord, Canada Par Ali Nnaemeka, O.M.I.

Publié dans Prêtre et Pasteur, Mai 2017, pp. 294-297

« Le Seigneur dit à Abram : Va-t’en de ton pays,

de ta patrie, et de la maison de ton père,

dans le pays que je te montrerai » Gn 12, 1.

Mon enfance

GNMZ3689[1]Si on m’avait dit qu’il fallait aller jusque sur la Côte-Nord du Québec, Canada, pour retrouver la simplicité de la foi chrétienne, je ne l’aurais jamais cru. Né dans une famille très pratiquante ; d’une mère très pieuse et d’un père d’une foi très adulte et qui a toujours besoin de savoir le pourquoi avant de croire, j’ai donc dû apprendre à naviguer tôt entre la piété et l’incrédulité. À sept ans, j’ai rejoint le groupe du Rosaire et à onze, lors d’un cours sur la reli­gion, j’ai vu naître mon désir d’être missionnaire.

Mais n’ayant pas encore assez d’arguments pour convaincre mon père - qui me voulait avocat - que j’avais déjà découvert quelle était ma vocation, j’ai donc dû continuer longtemps à mûrir l’idée dans mon cœur d’enfant. Tout mon jeune âge fut un temps pour servir dans notre église locale dans divers groupes et mouvements de piété. Tous mes rêves d’enfance étaient cependant de devenir prêtre et de partir loin pour apporter la Bonne Nouvelle à un autre peuple comme les spiritains irlandais l’ont fait pour mon peuple.

Le début de ma vocation missionnaire

IMG_0012[1]Cependant, étant d’une société où il est souvent difficile de distin­guer les prêtres religieux des prêtres séculiers, toute mon enfance s’est passée juste dans le rêve de devenir prêtre, religieux ou sécu­lier, peu importe. Par providence, j’ai trouvé une manière de convaincre mes parents que j’avais un autre rêve que le leur. En débutant donc mon cheminement dans mon diocèse d’origine, j’ai pu, quelque temps avant de commencer ma propédeutique, com­prendre la différence entre prêtre religieux et séculier.

Ayant connu les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée, ma for­mation à la vie religieuse prend son envol. Six années passées au Cameroun dont deux au prénoviciat et au noviciat respectivement, trois en philosophie et une autre pour le stage pastoral. Mais à la fin de mes études philosophiques, j’ai eu ma première crise exis­tentielle. J’ai pratiquement perdu la foi en Dieu, car toutes les preuves de l’existence de Dieu assimilées au cours de la méta­physique et de la question de Dieu ne m’ont paru être de très beaux discours, mais très détachés de ce Dieu connu de mon enfance. J’ai donc terminé le premier cycle de la philosophie presque athée.

À la fin de mon stage canonique, j’ai été envoyé à l’université gré­gorienne de Rome pour la théologie. Là aussi, d’autres beaux dis­cours se sont ajoutés. En effet, du point de vue intellectuel j’étais réaliste, pendant que beaucoup des enseignements théologiques relevaient de la pure spéculation, donc de la théorie.

Il fallait donc un retour à la pastorale pour commencer à me recon­necter avec ma foi en Dieu. Mais le vrai retour se jouera lors de mon arrivée chez le peuple innu de la Côte-Nord.

Mon arrivée au Québec

Kateri Native Ministry 2Faisant partie de la communauté des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée, je suis donc venu travailler avec mes frères Oblats de la Province Notre-Dame-du-Cap, Québec. Arrivé au Canada le 21 décembre 2014, j’ai été envoyé dans la communau­té innue de Uashat-Mak-Mani-Utenam pour rejoindre l’équipe mis­sionnaire au service du peuple innu. Arrivé en plein hiver dans ce pays d’hiver, le premier ajustement à faire était, pour moi qui venait d’un pays tropical, d’affronter le froid. L’accueil fut chaleureux de la part de ma communauté religieuse ainsi que de la communauté innue. Et jour après jour, je commençais à m’insérer dans cette communauté qui allait devenir la mienne dans un avenir proche. Cependant, pour mieux travailler dans la communauté innue, il fal­lait s’initier à la culture et à la langue innue. Ainsi commença mon voyage dans l’univers linguistique et culturel innu.

Selon notre programme missionnaire, la première année est dédiée à l’immersion culturelle. J’ai donc débuté mon cours de langue innue. Ma première impression était que l’innu était une langue complexe. Mais au fur et à mesure que j’avance dans mon apprentissage, je tombe amoureux de cette langue sacrée et rela­tionnelle. Je me suis donc rendu compte au bout de quelques mois que, pour mieux comprendre le peuple innu, il m’était capital, voire indispensable, de comprendre leur langue. Aujourd’hui je l’ap­prends encore, mais le peu que je connais m’ouvre un canal sur l’anthropologie du peuple innu.

Pour mieux comprendre l’histoire et la réalité ancestrale des Innus, je suis allé rencontrer un aîné dans le Nutshimit, l’intérieur des terres ou dans le Nitassinan, le territoire, comme on dit régulière­ment. Mon séjour dans le territoire fut agréable mais aussi révéla­teur, car j’y ai appris la valeur de l’observation dans l’enseignement chez le peuple innu. Il faut observer les aînés pour savoir comment se font les choses ou comment se passent les choses.

Mon expérience et ma présence missionnaire chez les Innus

IMG_9416[1]Depuis plus d’un an maintenant, je suis à temps plein dans les communautés innues d’Ekuanitshit (Mingan) et de Matimekosh- Lac-John (Schefferville) comme pasteur. Je suis responsable de l’animation de la vie de l’église locale. Avec un groupe de catéchètes et d’autres collaborateurs - surtout des collaboratrices pas­torales - nous essayons d’organiser la catéchèse et d’autres activi­tés pastorales ainsi que différentes célébrations liturgiques.

La plus grande difficulté que j’ai rencontrée dans notre mission chez le peuple innu est celui de pouvoir rejoindre les jeunes. Soulignons que la majorité de la population innue est jeune (50 % a moins de 20-25 ans) et vu que les jeunes ne sont pas souvent à l’église, elle manque donc à nos activités ordinaires. Même ceux qui viennent à la préparation des sacrements disparaissent une fois l’acte conclu. Et donc, depuis mon arrivée, j’ai essayé de trou­ver des occasions et des lieux pour pouvoir les rejoindre. Le moyen le plus efficace, actuellement est le sport.

Durant l’été de 2015 (donc 6 mois après mon arrivée), j’ai partici­pé, en qualité d’entraîneur-adjoint et accompagnateur, aux Jeux Autochtones Inter-bandes (JAIB). Ce tournoi sportif, aux multiples disciplines, regroupe toutes les communautés autochtones du Québec. Cette activité m’a permis de cheminer pour dix jours avec les jeunes, leurs accompagnateurs et leurs parents. C’était une expérience inédite car les jeunes avouaient n’avoir jamais penser non seulement trouver un prêtre entraîneur de basketball, mais aussi de pouvoir passer autant du temps avec un prêtre.

IMG_4603[1]Depuis ce temps-là, je suis devenu pour ces jeunes un grand-frère et un ami. Je vais les rejoindre dans leurs lieux de sports et dans les maisons des jeunes. J’ai aussi appris, au cours de cette expé­rience, comment les accompagner dans leurs recherches du sens et de valeur. Beaucoup réussissent à se confier, nous parlant de leurs difficultés et de leurs crises. Avec l’aide de la communauté, nous trouvons une manière de les aider.

Il m’arrive aussi de pouvoir relayer leur préoccupation aux autorités locales et chercher à trouver avec la communauté des pistes pour leur bien-être.

Toutefois, au-delà de ces activités pastorales, d’autres aspects de la réalité autochtone continuent à me séduire, notamment leur rela­tion avec la nature. J’ai eu l’occasion d’aller avec des jeunes et des adultes dans des milieux où se pratiquent des activités tradition­nelles. Je suis déjà allé avec les étudiants au secondaire à une expédition de pêche sur la glace et aussi avec les pêcheurs pro­fessionnels au large du fleuve Saint-Laurent pour le lever des cages aux crabes. Tous ces moments, en plus d’être une occasion de me socialiser avec le peuple innu, me donnent aussi l’occasion de comprendre leur culture et leurs mœurs et, enfin, me permettent de pouvoir contextualiser mon enseignement.

Aujourd’hui, après deux ans de vie missionnaire en milieu innu, je commence à me rendre compte au jour le jour que la mission ne s’invente pas seul. Elle se crée mais avec les membres du peuple, à partir de qui ils sont, de ce qu’ils savent, de leur histoire et de leur anthropologie. L’Évangile ne peut donc s’incarner dans la vie des gens que si le missionnaire lui-même ne commence pas par s’in­sérer dans leur milieu, ou sans qu’il ne sente l’“odeur de ses bre­bis» comme dit le pape François.


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