Saturday, 2 February 2008

LA CONCEPTION DE L'ÂME ET DU CORPS CHEZ RENE DESCARTES by ALI C Nnaemeka

TABLE DE MATIERES
L’âme est un concept traditionnellement religieux mas qui fut introduit à la philosophie par les présocratiques, précisément par Thalès d’Elée. Ce débat autours de lui reste vif jusqu’à nos jours, malgré que dans chaque époque s’élèvent les hommes intellectuellement cultivés pour en parler. Mais au fur et en mesure qu’ils cherchent à résoudre ce problème beaucoup d’autres en sortent. Il est nécessaire de souligner que chacun de ceux qui en parlent, cherche à donner sa relation avec son demain d’accomplissement-le corps.
Cependant, chacun d’eux dans sa démarche introduit une nouveauté et même à rigueur, contrarie ses prédécesseurs, ou rectifie leurs erreurs. De même, il y a deux approches principales dans cette démarche à savoir ceux qui voir en l’âme et le corps deux entités différentes mais accidentellement jointes et ceux qui pensent que les deux sont substantiellement unis.
Toutefois, on constate que l’interprétation qu’ils donnent à l’âme et au corps dépend de l’esprit de l’époque. Les présocratiques surtout les pythagoriciens, vu leur caractère puriste, voyaient en l’âme être condamnée dans le corps. Platon tombera dans leur piège. Mais Aristote, étant un réaliste renommé, prêtera son propre chemin dans cette recherche.
Les médiévaux ayant ramené la philosophie au service de la théologie en traiteront à leur manière. Mas alors viennent les modernes avec le souci de libérer la philosophie de l’emprise de la théologie. Ils débarqueront dans le terrain d’une manière catégoriquement différente. Ils donneront à la philosophie une nouvelle approche. D’abord, une approche scientifique avec la personne comme Galilée Galileo. Ensuite une nouvelle approche de la vie communautaire avec Thomas HOBBES et enfin une nouvelle approche de la subjectivité de la conscience avec René Descartes. L’apport de ce dernier à l’anthropologie philosophique intéressera notre recherche.
Comme Archimède qui demanda un point de l’univers pour le soulever, Descartes commence sa philosophie en demandant un seul point qui soit vrai afin de bâtir son système philosophique. En trouvant cette seule certitude-Je pense- dans sa deuxième métaphysique Descartes commence sa recherche de la vérité. Cette recherche l’amènera à examiner beaucoup d’aspects de la vie humaine parmi lesquels la relation entre l’âme et le corps qui fait l’objet de notre réflexion. Ainsi dit, nous examinerons la conception de l’âme et du corps chez René Descartes.
Notre travail sera développé en quatre chapitres. D’abord, nous porterons un regard préliminaire sur la troisième méditation métaphysique, De Dieu qu'il existe sur la biographie de Descartes dans le premier chapitre. Puis, nous verrons la distinction entre l’âme et le corps. Nous verrons également dans ce premier chapitre la nature de l’âme et du corps. Ensuite, nous examinerons dans le troisième chapitre l’union de l’âme et du corps, les fonctions du corps en rapport avec la connaissance sensible, les fonctions de l’âme et les passions de l’âme et ses rapports avec le corps. Enfin, nous examinerons la pensée aristotélicienne sur l’âme et le corps en comparaison avec celle cartésienne. Cette partie sera développée en tenant compte de la convergence et de la divergence dans leur approche et leur compréhension des concepts en question. Après cette étape, nous mettrons terme à notre réflexion, mais tout en cherchant peut-être à souligner quelques équivoques qu’installe l’approche cartésienne.

CHAPITRE I: UN REGARD PRÉLIMINAIRE.
Avant de nous intéresser sur notre terme proprement dit, nous allons d’abord jeté un cours d’oie sur la biographie de René Descartes pour mieux le situé dans son temps et par suite tout ce qu’il y a de particularité chez Descartes. Nous allons aussi voir d’une manière brève la question de l’existence de Dieu dans la philosophie cartésienne. Notre analyse de l’idée de Dieu va se centraliser sur la troisième méditation métaphysique de Descartes, de Dieu, qu’il existe.

1.1 LA BIOGRAPHIE.René Descartes généralement appelé le père de la philosophie moderne[1] est né en TOURAINE en 1596 dans une famille noble. Il est le troisième fils de M. Joachim Descartes, conseiller au parlement de Rennes en Bretagne. René Descartes fait ses études secondaires chez les jésuites de Flèches entre 1604 et 1612 où il étudiera entre autres matières, les mathématiques, les rhétoriques, la logique et la philosophie scolastique.
Parmi tout ce qu’il a étudié à l’école, Descartes affirme que rien n’a trouvé crédit à ses yeux que les mathématiques où il y a de la certitude et de l’évidence par opposition à la philosophie scolastique où tout est discutable. Et même dans les mathématiques il ne voit leur utilité que dans la pratique militaire et civile[2]. Il faut noter qu’ici commence le doute cartésien.
En 1616, Descartes reçoit le bachelier et licence respectivement en loi à l’université de Portiers. Il abandonnerait cette carrière judiciaire en 1618 pour entreprendre des séries de voyage. S’installant en Hollande la même année, il s’inscrit comme auditeur libre dans l’académie militaire de Breda. En1619, Descartes s’engage dans la troupe de duc Maximilien de Brevier. Déçu encore par l’armée, Descartes l’abandonne et rentre à Rennes en 1622.
En 1628 il repart en Hollande et rédige les règles pour la direction de l’esprit. Dans cet ouvrage, il affirme l’unité des sciences et indique les règles qui permettent de bien mener la raison avec méthode. En 1637, il publie le discours de la méthode où il établit des codes pour bien conduire la raison et chercher la vérité dans les sciences. En 1641, il écrit les méditations métaphysiques où il affirme et soutient la primauté du sujet dans la connaissance. C’est ici que Descartes affirmera la distinction et la l’union de l’âme et du corps. D’autres livres seront publiés quelques années plu tard et certains même après sa mort.
En 1649, Descartes se rend à Suède auprès de Christine, la reine de la cours suédoise. C’est ici que Descartes laissera sa peau en 1650 à l’âge de 54 ans.

1.2 DE DIEU, QU’IL EXISTE.
Dans la première méditation métaphysique, René Descartes commence avec son doute méthodique. Il mette tout en doute même l’existence des choses physiques en commençant par effacer tout ce qu’il connaissait soit disant que les sens le trompent. Dans la deuxième il commence à se réassurer de l’existence des choses mais jusqu’ici il n’est sûr que d’une seule chose, son existence qu’il découvre grâce à sa pensée. Il dit que même s’il lui arrive de douter, il est sûr qu’il doute et même s’il doute son doute, une chose est certaine. Et cette chose qui est certaine est que cette chose qui a la capacité de douter, le moi pensant, l’esprit existe.[3] Donc c’est ici que commence toute la réflexion philosophique cartésienne.
Cependant, Descartes se rend compte que la seule chose qu’il connaît, qu’il pense n’est pas aussi certaine car sa relation avec le monde extérieur n’est pas si claire vu son incapacité de bien interpréter les messages qu’il reçoit grâce à ses sens. Et pour mieux savoir quand il se trompe, il préfère connaître l’origine des idées qu’il possède. Il définit d’abord les idées comme des images dont les unes représentent une chose et les autres, une autre.[4] Donc penser à une chose c’est en avoir une idée, en faire une image. Il dit que parmi ces images, il y a celles qui se sont imprimées en lui sans qui ne soit l’auteur. Ces images sont des représentations des idées infinies et qui n’ont pas leur équivalent dans le monde physique et ne peuvent pas êtres crées par l’esprit humain. Il y a aussi des idées qui viennent de l’extérieur et celles qui sont créées par lui-même.
Ceci dit, Descartes cherche l’origine de ces idées innées. Il va chercher dans la tradition scolastique qui affirme que tout ce qui existe tient son existence nécessairement d’une autre. Et cette autre a une autre ainsi de suite jusqu’à une, qui nécessairement n’a d’autre origine qu’en lui-même. Il fait allusion à la non régression à l’infini aristotélicienne de la source de l’existence des choses. Descartes affirme que ces idées innées ont nécessairement leurs origines en une idée absolue qu’il appelle Dieu. Donc le moi pensant et les idées innées ont leur nécessairement origine en ce Dieu que Descartes définit comme une substance infinie, éternelle, immuable, indépendante, toute connaissante, toute puissante et par laquelle moi-même et toutes les autre choses qui sont […] ont été créés et produits.[5]
Cette preuve de l’existence de Dieu achevé, Descartes écarte les critiques qu’on portera sur son ‘innéisme’. Il démontre que grâce à ses idées innées, il peut mieux connaître les choses étant donné que ces les sont trompeurs. Il dit que quand il examine des choses clairement il se rend compte qu’elles sont vraies[6]. Et elles sont vraies pas parce que l’essence le renseigne mais parce qu’il possède des idées imprimées en lui par une autre plus grand que lui.[7] En bref, l’âme peut connaître et même mieux sans le corps car elle possède cette capacité de retour sur soi.


CHAPITRE II: LA DISTINCTION ENTRE L’ÂME ET LE CORPS CHEZ RENÉ Descartes.

Pour démontrer qu’il y a une distinction entre l’âme et le corps, Descartes emploie une méthode que François CHIRPAZ appelle le dualisme méthodologique[8] ; une méthode où Descartes tout en voulant prouvé l’union de l’âme et du corps a établi une distinction nette entre ce qu’il appelle l’âme et le corps. Il consacrera la VIème méditation à cet effet. Il affirme dans cette VIème méditation:
« j’ai un corps auquel je suis très étroitement conjoint ; néanmoins, pour ce que d’un coté j’ai une idée claire et distincte de moi-même […] il est certain que ce moi c’est-à-dire mon âme par laquelle je suis ce que je suis est entièrement et véritablement distincte de mon corps et qu’elle peut être ou exister sans lui ».[9]
Ainsi, Descartes établi une distinction entre l’âme et le corps et y tira leur union.
Il parle de l’âme qui peut exister sans le corps.

2.1 LA NATURE DE L’ÂME.Au moment que Descartes a énoncé sa doctrine fondamentale, cogito ergo sum, [je pense donc je suis] il a mis en doute, voire même fait disparaître la possibilité d’avoir une âme qui anime le corps. Cette découverte de l’ergo comme le moi pensant qui résulte du cogito crée la distinction entre l’âme et la chose étendue, le corps.
L’âme cartésienne différente de celle d’aristotélicienne désignée par le mot latin anima [qui anime] est désigné par le terme mens [noûs ou esprit]. Descartes souligne cette distinction entre ce qu’il entend par l’âme et ce qu’Aristote appelle l’âme dans sa réponse à la cinquième objection à la critique portée à ces méditations métaphysiques
« d’autant que peut-être les premiers auteurs n’ont pas distingué en nous ce principe par lequel nous sommes nourris, nous croissons et faisons sans la pensée toute autre fonction qui nous sommes communes avec les bêtes, d’avec celui par lequel nous pensons ; ils ont appelés l’un que l’autre de seul nom d’âme et voyant peu après que la pensée était différente de la nutrition. Ils ont appelé du nom esprit [latin : mens] cette chose qui en nous a la faculté de penser, et ont cru que c’est la principale partie de l’âme. Mais moi […] j’ai dit que le nom d’âme quand il est pris conjointement pour l’un et l’autre, est équivoque et pour le prendre précisément pour ce premier acte ou cette forme principale par laquelle nous pensons »[10].
A partir d’ici, Descartes démontre ce qu’il appelle esprit pour créer une rupture entre une conception de l’âme qui anime le corps et une conception de l’âme qui pense.
Il annule aussi la conception d’une âme nutritive ainsi que végétative. Il le répète dans presque tous ces livres qu’il n’est qu’une substance pensante que l’esprit est ce par quoi les actions de la pensée sont immédiatement exercées dans l’homme et il ne consiste précisément que dans cette faculté que l’homme a de penser[11]. C’est claire que Descartes en parlant des premiers auteurs, s’adresse à Aristote étant donné qu’Aristote était la première personne à développer les trois degrés de l’âme a savoir l’âme végétative qu’il qualifie par ce principe par lequel nous croissons ; l’âme nutritive qu’il qualifie par ce principe par lequel nous nous sommes nourris et faisons toutes autres fonctions qui nous sont communes avec des bêtes et l’âme spirituelle qu’il qualifie par ce principe par lequel nous pensons.
Descartes affirme la découverte philosophique de l’âme c’est-à-dire l’induction de l’âme quand il dit : « l’esprit est entièrement indivisible […] Les facultés de vouloir, de sentir, de concevoir, etc. ne peuvent non plus être dites proprement ces parties car c’est le même esprit qui s’emploie tout entier à sentir, à concevoir etc. »[12]. Il déduit l’existence de diverses fonctions, mieux des divers modes contrôlés par une même unité, âme. Une âme qui sent, qui conçoit, qui pense, qui veut etc. la pensée, l’essence de l’âme cartésien est une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut ou qui ne veut pas , qui imagine … Il sera nécessaire de souligner que Descartes définit l’esprit par ses modes d’être ou par ses attributs car il démontre d’abord, comme nous venons de souligner que l’esprit veut, conçoit etc. ensuite il définit la pensée comme une chose qui doute, qui veut et enfin il le qualifie comme conscience quand il posait son doute méthodique c’est-à-dire quand il dit je pense donc je suis mettant en écart le je qui pense et le je quoi suis. En bref la conscience, la pensée sont le mode d’être de l’esprit et non quelque chose d’autre.


2.2 LA NATURE DU CORPS.Pour prouver l’existence du corps, Descartes part de l’expérience sensible. Il dit : « j’ai senti que j’ai une tête, des mains, des pieds, et tous les autres membres dont est composé ce corps que je considérait comme une partie de moi-même »[13]. Ainsi Descartes commence la distinction entre le corps et l’âme. Ce corps est matériel souligne Descartes quand il le qualifie comme la substance étendue et corporelle. Il ira même le comparer avec la machine quand il dit : « je suppose que le corps n’est autre chose qu’une machine ou une statue de terre que Dieu forme express... »[14]. Et pour soutenir son argument, il fera allusion à l’horloge qui fonction grâce à certain mécanique. Il exclura la position de ceux qui pensent qu’il faut une âme quelconque pour que le corps soit animé surtout celle d’Aristote qui attribue la vie à l’âme. Il dit : « l’âme est le principe et cause est corps vivants »[15]. Le corps est naturellement divisible contrairement à l’âme qui ne l’est pas. Donc Descartes conclure que le corps n’ajoute rien à l’existence de l’âme.

CHAPITRE III : L’UNION DE L’ÂME ET DU CORPS CHEZ DESCARTES
La distinction de l’âme du corps chez Descartes n’exclue pas leur union car à partir de son expérience quotidienne Descartes arrive à découvrir l’union de l’âme et du corps. Il exprime cette union ainsi : « la nature m’enseigne par ces sentiments de douleur, de faim, de soif, [...] que je ne suis pas logé dans mon corps comme un pilote en son navire, mais autre que je suis conjoint très étroitement et tellement confondu et mêlé que je compose un seul avec lui »[16]. Donc, malgré son affirmation que le corps est comme le navire, Descartes affirme que l’âme n’est pas comme le pilote en son navire car le pilote ne ressent pas ce que vit le navire mais peut seulement le constater, alors que l’âme ressent et vit ce que vit le corps. Il voit en l’âme et le corps une paire étroitement unis. Cette union de l’âme et du corps se comprend dans la vie car Descartes dira à la reine Christine qui ne comprenait pas cette union que pour la comprendre, il faut la vivre et que rien d’autre que la vie pourra nous l’enseigne[17].
En plus, cette union de l’âme et du corps ne se conçoit pas par l’entendement pur comme le corps ni par l’entendement aidé par l’imagination comme le cas de l’âme mais par la vie de chaque instant. Il dit à la reine que « c’est en usant seulement de la vie et conversation ordinaires et en s’abstenant de méditer et d’étudier aux choses qui exerce l’imagination qu’on apprend à concevoir l’union de l’âme et du corps »[18]. Il continuera cette explication en disant que même ceux qui ne philosophent pas connaissent que l’âme ne meurt pas le corps, mais qu’ils considèrent l’un et l’autre comme une seule chose grâce à leur sens[19].
Cependant cette union n’exclue pas la spécificité de chaque membre. Ceci dit, nous regarderons leur spécificité.

3.1 LES FONCTIONS DU CORPS ET LA CONNAISSANCE SENSIBLE.

Le corps, selon Descartes, c’est la substance qui est le sujet immédiat de l’extension et des accidents, qui présuppose l’extension comme de la figure, de la situation, du mouvement local, et[20]. C’est le corps qui met l’homme dans le temps et dans l’espace. Que l’homme soit debout ou assis, en marche ou en repos, c’est le corps qui est le sujet immédiat. Mais la question c’est de savoir ce qui est le propre du corps et de l’âme. Descartes dira à ce sujet dans son livre les passions de l’âme, qu’il faut qu’il y ait d’abord une distinction des fonctions du corps de celles de l’âme afin d’avoir une connaissance détailler des passions. Il propose ces règles pour la meilleure compréhension de ce sujet : « tout ce que nous expérimentons être en nous et que nous voyons aussi pouvoir être en des corps tout a fait inanimé, ne doit être attribué qu’à notre corps… »[21]. Il dira que si Dieu crée une chose plus semblable à l’homme que possible en lui dotant des toutes les capacités pour marcher, pour pouvoir manger, pouvoir respirer enfin qu’elle imite nos fonctions dépendant de la matière et de la disposition des organes mais sans âme elle se muera.[22] Un exemple donné par Descartes c’est l’horloge que même étant inanimé marche.
Donc si certains corps inanimés se meurent, le mouvement procède du coeur uniquement conclu Descartes[23]. Ce mouvement du corps procède de la chaleur qui vient du battement de corps. C’est aussi cette chaleur qui est le principe de tous les mouvements locaux. Aussi, la respiration est due à la circulation du sang dans le corps, précisément, son entrée et sa sortie dans les poumons. C’est aussi le corps qui met l’âme en relation avec le monde extérieur grâce à des sens.
Mais la découverte de cogito, c’est-à-dire du moi pensant, met en doute cette information reçue du corps grâce à des sens. Descartes explique son doute ainsi : « elles [les choses] ne sont pas entièrement telles que nous les percevons par les sens car cette perception de sens est fort obscure et confuse en plusieurs choses»[24]. Ceci dit, Descartes affirme que toutes les choses qu’il voit sont fausses[25]. Il soutient son doute par le fait que certains des messages qu’il reçoit par ses sens ne sont pas vrais et que certains corps qui apparaissent d’une certaine dimension ont souvent d’autre dimension, qu’un amputé peut souvent ressentir la douleur dans l’endroit qu’il ne possède plus au moment où la veine qui communiquait avec ce membre est touchée et que tout ce qu’il ressent étant éveillé, il le ressent même endormi[26].
Néanmoins Descartes ne rejette pas catégoriquement ses sens mais il se méfie d’accepter aveuglement ce qui se présente à son esprit à travers les sens sans d’abord les vérifier scrupuleusement. Il dit que Dieu lui a donné les moyens pour connaître les choses avec certitude grâce à l’enseignement de la nature qu’il définit comme ensemble de tout ce que Dieu lui a donné tel que la raison, la nature des choses physiques et les idées innées.

3.2 LES FONCTIONS DE L’ÂME.
Sur un placard écrit par un monsieur Régius, intitulé l’explication de l’esprit humain ou de l’âme raisonnable, où Régius commente l’œuvre de Descartes mais en voulant montrer ses faillites, il définit l’esprit cartésien ainsi : « l’esprit humain est ce par quoi les actions de la pensée sont immédiatement exercées dans l’homme. Il ne consiste précisément que dans ce principes interne ou dans cette faculté que l’homme a de penser »[27]. Ce résumé que Descartes lui-même n’a pas hésité à affirmer renferme en lui la fonction de l’âme car Descartes lui-même, nous avons souligné dans le chapitre précédant, ne définit l’âme que par la pensée. Et c’est pour cela qu’il a donné le mot Mens comme l’origine de qu’il appelle l’esprit contrairement au terme aristotélicien Anima qui impliquera ce qui anime le corps et ce qui pense à la fois. Cette fonction de l’âme – penser- signifie pour Descartes douter, affirmer, nier, vouloir, ne pas vouloir, imaginer, etc.[28].
En outre Descartes divise la pensée qui est le propre de l’homme en deux genres à savoir les actions qui sont la volonté, la perception, l’imagination, etc. et les passions qui sont aussi la joie, la tristesse, l’amour… Descartes souligne que l’âme est dans tout le corps mais exerce sa fonction dans la glande pinéale qui se trouve dans le cerveau[29].

3.2.1 LES PASSIONS DE L’ÂME.Ayant déjà respecté les règles de jeu comme souligne Descartes dans le deuxième article de son livre les passions de l’âme qu’il faut d’abord pour connaître les passions de l’âme distinguer ses fonctions d’avec celles du corps, nous voulons examiner ces passions de l’âme. Mais avant d’y avancer nous voulons souligner que la distinction qu’a fait Descartes entre les fonctions de l’âme et celles du corps n’était pas par hasard mais peut-être pour lever l’équivoque introduite par des philosophes antiques surtout par Platon dans ce sujet quand il a épousé la conception pythagoricienne des passions qui engloutissent l’âme[30].
Démontrant que les passions sont de l’âme, Descartes les définit par trois thèmes à savoir : la perception, le sentiment et l’émotion. Les passions comme perception, Descartes fait allusion à toutes les impressions dans l’âme qui proviennent des mouvements qui se font dans le corps et que l’étroite alliance entre le corps et l’âme rend confuses et obscures. Comme les sentiments, Descartes dit que c’est parce qu’elles sont reçues en l’âme comme d’autres objets de sens extérieur et ne sont connues à elle dans d’autre façon. Et comme émotion de l’âme parce que parmi toute sorte de pensée qui lui arrive rien ne l’agite que ces passions[31].

3.2.2 LES EFFETS DES PASSIONS SUR LE CORPS.
L’âme et le corps étant étroitement conjoint, ce qui touche l’un touche l’autre ; c’est cela qui fait dire à Descartes que : « le principal effet de toutes les passions dans les hommes est qu’elles incitent et disposent leur âme à vouloir les choses auxquelles elles préparent leur corps en sorte que le sentiment de peur l’incite à vouloir fuir… »[32]. Les passions préparent le corps à réagir face au danger ou face à une situation nouvelle. Descartes commence son analyse du réajustement du corps en distinguant trois couples de passions à savoir l’amour et la haine, l’espoir et le désespoir et la colère et la crainte.
Il dit que face à toute nouveauté ou face à une situation extraordinaire, il y a d’abord une admiration c'est-à-dire ce premier étonnement qui surgir en l’homme. Si cet objet apparaît bon à l’esprit, s’il lui est convenable, il y a l’amour mais au cas contraire la haine. Cet objet aimé est toute suite désiré et à celui haït, on porte l'aversion. Quand l’objet désiré apparaît atteignable l’espoir se naît. Mais si c’est le contraire il y a le désespoir. Et enfin, si on a le courage d’aborder cet objet désiré, la colère se naît car c’est la colère qui pousse l’homme à vouloir s’affirmer face au défi. Et quand on a déjà ce qui est désiré la joie la couronne mais s’il y a manque de courage la crainte ressort et on fuit et la suite sera la tristesse[33].


Comme beaucoup d’autres idéalistes, la pensée d’Aristote reste pour Descartes une pensée à détruire. Même ayant reçu une formation philosophiquement Aristotélicienne chez les jésuites, Descartes avouera de n’a rien appris de vrai, il dira même qu’il s’appliquera sérieusement et avec liberté à détruire généralement toutes ces anciennes opinions[34].
Il commencera cette destruction totale de la pensée Aristotélicienne par le refus total d’une connaissance véritable à travers les sens. Cette réfutation des connaissances sensibles ne sera pas bien fondée chez Descartes car il dira plutôt que la nature l’enseigne grâce à ses sens[35].

L’âme est immatérielle chez Aristote ainsi que chez Descartes ayant pour fonction les activités immatérielles comme sentir, penser, vouloir, décider, choisir…
Dans la troisième méditation, De Dieu qu’il existe que nous avons examiné, Descartes à la suite d’Aristote propose une preuve ontologique de Dieu où il fait allusion à un moteur immobile qui sera à l’origine de toute chose. Cette preuve de l’existence de Dieu sera sans doute parmi ceux qui lui restent de l’aristotélisme car en le lisant on ne peut penser qu’à la métaphysique d’Aristote où il conclut sa preuve en disant : « on doit supposer un extrême qui soit moteur sans être mobile, être éternel, substance et acte pur »[36].
On doit noter que Descartes a adopté cette preuve pour pouvoir passer sa leçon, pour pouvoir montrer que c’est Dieu qui est à l’origine de ces idées et par conséquent on n’apprend rien de nouveau grâce à des sens propres mais par une comparaison des réalités extérieures avec les idées innées.
Contrairement aux pythagoriciens et à Platon qui pensent que les passions sont dangereuses à l’âme et les rattache uniquement au corps, Aristote et Descartes pensent que tout dépend de leur gérance. Ils pensent qu’elles sont même nécessaires pour l’homme. Néanmoins, alors qu’Aristote pense que les passions sont le s fruit de l’âme et du corps[37], Descartes pense que c’est de l’âme que viennent les passions[38].

Dans sa réponse à la cinquième critique de la méditation métaphysique, Descartes nous donne une explication de ce qu’il entend par esprit en l’opposant à l’âme aristotélicienne qui anime le corps. Il définit l’âme comme ce par quoi nous pensons. L’union de l’âme et du corps chez Descartes est accidentelle étant donné que l’un peut exister sans l’autre mais chez Aristote, on ne peut pas parler du corps humain en oubliant l’âme, donc l’une n’existe sans l’autre[39].
Aristote pense que l’âme ne peut rien faire sans le corps et Descartes dit que chacun joue son rôle indépendamment de l’autre, le corps, les fonctions mécaniques et l’âme la pensée. L’âme Aristotélicienne fait l’unité de l’union de l’âme et du corps étant donné que sa séparation du corps cause la mort. Il dit : « la cause de l’être est, pour toute chose la substance formelle ; or c’est la vie qui, chez tous les êtres vivants, constitue leur être, et la cause et le principe de leur vie, c’est l’âme »[40]. Or pour Descartes la mort n’est pas causée par la séparation de l’âme du corps mais c’est la mort qui fait que l’âme se sépare du corps. Donc l’âme se sépare du corps au moment que le mécanisme qui fait marcher les organes du corps cesse de fonctionner. Les sens mettent l’âme en relation avec le monde extérieur chez Aristote. Mais il nous conviendra d’expliquer certaines terminologies pour pouvoir mieux nous exprimer. Les sens nous dit André LALANDE, « est un ensemble des sensations actuelles ou possible appartenant à une même classe. Il se dit également [continue-t-il] des organes des sens, c’est-à-dire des appareil qui chez l’homme et les animaux servent à la vie de l’extérieure »[41]. Le sensible est aussi selon l’auteur ce qui peut être perçu par les sens[42].
Ces deux termes expliqués nous disons que chez Aristote c’est le sens propre qui renseigne bien sur des réalités extérieures. Il dit : « j’attend par sensible propre celui qui ne peut être sentir que par un sens et au sujet duquel il est impossible de se tromper»[43]. Donc tout ce que l’âme reçoit de l’extérieur à travers les sens propres est obligatoirement vrai chez Aristote. Or Descartes pense que nous connaissons par entendement et non pas par les sens propres[44]. Cet entendent dû à des sensations venant de plusieurs sens est ce qu’Aristote appelle les sens commun et Descartes bon sens commun à tous les hommes.
Descartes aborde ce sens commun dans sa deuxième méditation avec une illustration faite d’un morceau de cire que quand perçu par la vue, ou par attouchement semble solide mais une fois soumis à la chaleur perd sa forme au point qu’on peut douter de sa nature. Mais le sens commun qui est l’inspection de l’esprit peut le connaître [étant donné qu’il dépend de plusieurs sens contrôlés par l’esprit] peut le reconnaître malgré le changement d’état de ce morceau de cire. En bref, les sens propres chez Descartes trompent contrairement à chez Aristote où ils ne trompent jamais.
Ces même sens lui renseigne de tout ce qui lui est extérieur mais pour Descartes les sens met l’âme en relation avec le monde mais ils ne la renseignent pas véritablement car la vraie réalité est déjà dans l’homme et que les sens ne fait que détecter les ‘‘copies’’ des réalités existantes dans le monde extérieur. Les sens propres sont des sens qui renseignent véritablement chez Aristote à l’opposition de Descartes où les sens commun donnent le vrai renseignement.
Aristote attribut l’âme nutritive même au plante, l’âme sensitive aux animaux et l’âme raisonnable aux humains mais Descartes ne parle pas de l’âme que chez l’homme et dira que l’activité nutritive appartient au corps.

CONCLUSION
Au bout de notre réflexion, nous voulons mettre au point notre recherche. Mais il nous faut rappeler brièvement notre développement. Nous avons donné une brève biographie de René Descartes, né à Touraine en 1596, fait ses études secondaires et universitaires entre 1604 et 1616 à Flèches et à Portiers respectivement. Nous avons, dans le premier chapitre, jeté un regard préliminaire sur la troisième méditation métaphysique de René Descartes intitulé de Dieu qu’il existe, où Descartes fait une découverte ontologique de l’existence de Dieu. . Dans le deuxième chapitre, nous avons vu la distinction qui existe entre l’âme et le corps où nous avons défini l’âme comme cette faculté par laquelle l’homme pense et le corps comme la substance entendue dans l’homme. Nous avons souligné que la première est immatérielle contrairement au deuxième qui l’est.
Ensuite nous avons vu, dans le troisième chapitre, l’union de l’âme et du corps. Dans ce chapitre où Descartes développe une nouveauté, c’est-à-dire un troisième concept différent de l’âme et différent du corps- l’union de l’âme et du corps, nous avons vu l’âme qui a comme fonction, penser et le corps qui grâce a des sens met l’esprit au courant de ce qui se passe aux monde extérieur. Il faut noter que l’affirmation de Descartes que les sens le trompes est due à l’interprétation que l’esprit donne aux messages reçus par les sens et pas au corps car le corps n’envoie que ce qu’il ressent. L’âme à son tours, contrôle le corps en lui proposant des actions à accomplir et en lui soutenant lors de l’accomplissement de ces tâches qu’il lui propose.
Enfin, Descartes dans tout son analyse de l’âme et du corps sera critiqué de vouloir faire de l’homme une machine et aussi d’avoir proposé la distinction catégorique de l’âme du corps et leur union véritable. Donc une chose et son contraire. C’est vu cette nouveauté que nous a proposée Descartes que nous avons pensé comparer dans le dernier chapitre, la pensée de Descartes et celle d’Aristote dans ce même sujet. En définitive nous disons que l’âme selon Descartes c’est la faculté par laquelle nous pensons et le corps est la substance qui est le sujet immédiat de l’extension et des accidents.

LA BIBLIOGRAPHIE
@ Descartes René, Discours de la méthode suivie des méditations, Montaigne, Paris, 1951,248p.
@ ,, ,, ,,, Méditations Métaphysiques, Nathan, Paris, 1983, 128p
@ ,, ,, ,, les passions de l’âme, J. Vrin, Paris, 1964, 240p.
@ ,, ,, ,, Œuvres, [publié par Charles ADAM et Paul TANNERY], J Vrin, paris, 1967, t. VI, 774p.
@ Aristote, De l’âme, (trad. J.TRICOT), J. VRIN, paris, 1959, 238p
@ Aristote, métaphysique, (trad. J.TRICOT.), J. VRIN, paris, 1953, 796p.
@ CHIRPAZ François, le corps, PUF, Paris, 1969, 128p.
@ LALANDE André, vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, paris, 2002, p.968, 1324p
@ STUMPF Samuel and FIESER James, philosophy: history and problems, Ed. Mc Grill Hill, New York, 944p
@ TRESMONTANT Claude, problème de l’âme, Seuil, Paris, 1971, 224p.



[1] Cf. Samuel STUMPF and James FIESER, philosophy: history and problems, Ed. Mc Grill Hill, New York, p.223.

[2] Cf. René Descartes, Discours de la méthode suivie des méditations, (trad. J. TRICOT), Montaigne, Paris, 1951, p.

[3] Cf. René Descartes, Discours de la méthode suivie des méditations, Montaigne, Paris, 1951, p. 148.
[4] Ibidem. P.157.
[5] Cf. Descartes, Méditations Métaphysiques, Nathan, Paris, 1983, p.62.
[6] Cf. Descartes, Op. cit. p. 163.
[7] Ibidem.
[8] Cf. François CHIRPAZ, le corps, PUF, Paris, 1969, p109.
[9] René Descartes, Discours de la méthode suivie des méditations, p.199.
[10] Descartes cité par Claude TRESMONTANT, problème de l’âme, Seuil, Paris, 1971, p.131.
[11] Geneviève RODIS-LEWIS, Descartes, lettres à Régius et Remarques sur l’explication de l’esprit Humain, J. VRIN, Paris, 1959, p.147.
[12] Descartes, Méditations Métaphysiques, p.91.
[13] Ibid. p.120.
[14] Descartes, le monde, in œuvres de Descartes, J. Vrin, Paris, t. VI, 1967, p.120.
[15] Aristote, De l’âme, (trad. J.TRICOT), J. VRIN, paris, 1959, p.87.
[16] Descartes, Discours de la méthode, op. cit. p.202.
[17] Descartes, Lettres à Elizabeth, 28 juin 1643.
[18] Ibidem.
[19] Ibidem.
[20] Cf. Descartes, Méditations métaphysiques, Op. cit. p.99.
[21] Descartes, les passions de l’âme, J. Vrin, Paris, 1964, p.67.
[22] Cf. Descartes, le monde, Op. cit. p.120.
[23] Cf. Descartes, La description du corps humain, in œuvres de Descartes, J. Vrin, Paris, t. VI, 1967, pp.224-225
[24] Descartes, Discours de la méthode, Op. cit. p. 201.
[25] Ibidem. P.144
[26] Cf. Méditations métaphysiques, Op. cit. p.85.
[27] Geneviève RODIS-LEWIS, Op. cit. p.147.
[28] Cf. Discours de la méthode, Op. cit. p.147.
[29] Cf. Descartes, les passions de l’âme, Op. cit. p.89.
[30] Ibidem, p. 65.
[31] Ibidem, pp. 86-87.
[32] Ibidem, p.96.
[33] Ibidem, pp. 108-111.
[34] Cf. Descartes méditation métaphysique, P. 85
[35] Ibidem.
[36] Aristote, métaphysique, A, 7, 1072a, (trad. J.TRICOT.), J. VRIN, paris, 1953, p.675.
[37]. Cf. Aristote, De l’âme I, 1, 403a-405b.
[38] Cf. Descartes, Les passions de l’âme, p.86.
[39] Cf. Aristote, ibidem, II, 1, 413a, 5.
[40] Ibidem. II, 4, 416b, 10.
[41] André LALANDE, vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, paris, 2002, p.968.
[42] Ibidem, p.982
[43] Aristote, De l’âme, II, 6, 418a
[44] Descartes, Discours de la méthode suivie des méditations, Op. Cit. p.150

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